29 février 2008
Le Projet
Amies de longue date, nous sommes depuis toujours passionnées par l’Art et l’Histoire. Par des chemins différents, nous avons, à la même époque, choisi toutes les deux de devenir artisan d’art. L’une est devenue bijoutière, l’autre costumière. Un projet est né du désir profond de travailler ensemble.
Avant tout, nous sommes toutes les deux animées par l’envie de réaliser une pièce ayant la plus grande fiabilité historique. N’étant ni l’une ni l’autre historiennes, nous nous sommes néanmoins efforcées de faire les recherches les plus poussées possible et avons pris contact avec des spécialistes en costume, et un groupe de discussion historique. Nous avons expérimenté et émis de nombreuses hypothèses dans un souci constant de réalisme, toutefois limités parfois par des moyens financiers ou techniques.
Nous avons choisi de réaliser la réplique historique
de la robe d’Anne de Clèves, peinte par Holbein le jeune, en 1539.
Les débuts du projet
Début février, constat :
Mettre deux artisans d’accord sur un
projet de création n’est pas forcément évident !
Un costume, oui, mais lequel ?
- il faut qu’il plaise à toutes les deux (évidemment).
- il faut qu’il y ait assez de défis techniques en costume
et en bijouterie pour qu’il soit intéressant (Mais pas trop…).
- il faut que techniquement ce soit possible :
où-qui-comment trouver les fournisseurs, les matières premières, les outils…
- Et enfin, comment financer ce costume, vitrine de nos
compétences si l’on est un jeune artisan passionné, mais … Pauvre ?
Femme bien sûr, comme ça une de nous (au moins) pourra
porter le costume sur mesure.
Quelle époque ?
Byzance : des joyaux magnifiques mais des robes en
forme de chemise de nuit
Le 19eme : la coupe des robes est complexe mais peu de
bijou
Le 18eme : costumes et bijoux sont magnifiques mais
portés séparément.
Or nous voulons absolument un costume où les bijoux fassent
partie intégrante de tenue, pour associer plus étroitement notre travail.
La Renaissance nous est alors apparue comme une évidence.
De l’importance de la richesse du costume à la renaissance
« Cet orgueil de la beauté physique, ce
raffinement de l’art de plaire, magnifié
par le costume, le XVIème siècle leur a donné le soutien de matériaux luxueux,
étoffes riches et lourdes, broderies épaisses, bijoux somptueux, dentelles
aériennes. Nulle époque, même le grand siècle, n’aura jeté sur l’homme décor
plus précieux pour atteindre la perfection de la beauté humaine. »
François Boucher, Histoire du Costume en Occident
De plus, la compétition entre les rois et les états est
exprimé par le costume. L’apparence revêt un intérêt stratégique et politique
capital. Chaque monarque et sa cour rivalise d’élégance et de luxe pour
exprimer sa suprématie.
Cette pratique a notamment atteint son apogée lors de l’épisode historique du « camp du drap d’or ». La scène se passe en
1520 en Flandres. D’un coté, François 1er,
roi de France, de l’autre Henri VIII, roi d’Angleterre. La signature d’un
traité de coalition donnera lieu à un déploiement de luxe et de richesses inouïes et sans
précédent, les deux cours rivalisant de faste.
Le choix du costume
Effectuant un long travail de recherches iconographiques sur l’époque de la renaissance, nous avons en particulier réuni une documentation sur les peintres du nord. En effet, ces peintures, extrêmement réalistes et détaillées, offrent un support idéal de travail. Citons par exemple les portraits de Cranach, Dürer, Van der Weyden…
Images tirées du site Web Gallery of Art : http://www.wga.hu/index1.html
Nous avons étudié beaucoup de portraits mais le choix a été fait en fonction de la disponibilité des matériaux et des raisons techniques et financières.
Finalement, nous avons retenu le portrait d’Anne de Clèves, peint par Hans Holbein le jeune, en 1539.
Pour la petite histoire, ce tableau a été peint sur commande en vue d’un éventuel mariage avec Henri VIII et a eu la faveur royale. Le mariage célébré, la fiancée s’est avérée d’après les dires, beaucoup moins belle que le portrait flatteur qu’en avait fait le peintre. Huit mois plus tard, Henri VIII divorçait d’Anne de Clèves, qu’il avait surnommée « la jument Flamande ».
06 mars 2008
Les différentes pièces de joaillerie de la robe
Ce costume d'Anne de Clèves est apparu sur d'autres portraits, mais le tableau de Hans Holbein étant exceptionnellement précis et détaillé, nous avons choisi cette version qui se trouve au Louvre. Nous avons envoyé un espion sur place pour voir de plus près les détails et les couleurs et nous permettre de confirmer certaines hypothèses!
Les pièces de bijouterie sont très nombreuses: une coiffe brodée assortie d'une broche, un collier, une boucle de ceinture, des bracelets, des médaillons probablement cousus sur le corsage, et d'innombrables perles...
18 mars 2008
L'énigme des perles dorées
Sur le costume sont présentes un grand nombre de perles blanches. Sur la coiffe, et sur le corsage, en bordure des médaillons, se trouvent des rangées de ce qui apparaissent comme des perles dorées.
Nous avons finalement opté pour les perles en cuivre qui
seront plaquées or.
Plusieurs
hypothèses se sont posées:
_Ce pourraient être, comme sur d'autres parties du
costume, des bandes de tissu gansées et brodées, mais les reflets sont
importants et ressemblent plus à des perles.
_Des perles de culture dorées
_Des clous en or ( type clous de tapissier : des
demi-sphères)
_Des perles ( sphères complètes) en or
Ce sujet fait
d'autre part l'objet de discussions au sein d'un groupe historique auquel Sarah
a participé! Nous ne somme pas seules à nous interroger sur ce petit détail!
Quels ont été les pierres et les métaux utilisés?
Le métal principalement utilisé semble être de l'or, et les médaillons de la coiffe et du corsage être une alliance d'or et de métal argenté (de l'argent selon toute vraisemblance). Reconnaître les pierres précieuses utilisées me paraît plus difficile. D'une part, des pierres rondes rouges qui sont très probablement des rubis (ou des spinelles rouges: à l'époque, de nombreuses pierres rouges étaient appellées rubis). D'autre part, des pierres noires carrées ou triangulaires qui peuvent être de l'onyx, de l'obsidienne, de l'hématite... Toutes les pierres sont taillées en cabochons, forme de taille simple: pierre bombée à fond plat. Des perles blanches complètent le tout, brodées de part et d'autre du costume, et même serties sur le collier et la coiffe.
Choix des pierres et métaux pour la reconstitution
Pour des raisons de coût,
nous avons dû changer certains matériaux, en restituant au maximum l'aspect
initial du costume, couleurs et taille.
Les rubis seront remplacés
par de la cornaline rouge vif (couleur idéale) ou des grenats (pierre très en vogue à l’époque).
Les pierres noires seront en
obsidienne, ou onyx.
Les perles blanches seront de
vraies perles de culture.
Les parties en argent massif
resteront en argent.
Enfin, toutes les pièces qui
vraisemblablement devaient être en or massif seront en laiton plaqué or fin 18
carats.
La boucle de ceinture: hypothèses
La boucle de ceinture est la première partie de
bijouterie sur laquelle je me suis penchée. Élément-clé de la ceinture en
velours et brocard, elle est probablement en or massif, ciselée ou gravée. Les
détails de dessin ont été simplement déduits après agrandissement. La torsade
centrale pouvait être un élément mobile (comme une charnière) mais nous l'avons
plutôt interprétée comme une seule pièce.

Réalisation de la boucle de ceinture

La boucle a pu être faite d’après deux techniques qui
existaient à l’époque: une mise en forme de plaques
ciselées ou gravées, ou une fonte en
cire perdue.
Dans l’hypothèse de la fonte, le volume est donné dans
une cire dure, puis fondue en métal et enfin repris pour les finitions. C’est l’hypothèse la plus
vraisemblable.













