Un des principes de base en couture est de terminer complètement les sous-vêtements qui structurent une silhouette avant de passer à la confection du reste du costume. Donc par conséquent avant de jouir "de la débauche de soie et de velours" que Tamara vous a fait miroiter, vous allez voir du lin, du lin et encore du lin! Ceci dit commençons par le début.

Les sous-vêtements ont presque toujours été faits en lin, car cette matière est d'une grande facilité d'entretien. Historiquement, ces vêtements non-visibles étaient d'une grande importance, car il était très difficile de laver la plupart des costumes et leur renouvellement régulier assurait un minimum d'hygiène corporelle.
C'est donc sans hésiter que nous avons opté pour du lin pour le vertugadin même si le coton était déjà présent sur le marché européen.

L'histoire veut que ce soit une reine espagnole, Juana du Portugal qui ait inventé le vertugadin afin de cacher une grossesse gênante. La mode aurait été introduite en Angleterre grâce à la première épouse d'Henry VIII, Catherine d'Aragon.

Dans tous les cas, c'est la toute première pièce que j'ai réalisée, afin de créer le volume en cloche de la jupe.  Le vertugadin est un jupon raidi par des cerceaux concentriques. Des sources écrites nous indiquent que ces cerceaux ont été fait de "vertugo", d'osier ou encore de fanons de baleine. Mais dès 1500, on trouve des sources picturales de ces jupons raidis avec simplement de la corde. De plus, les inventaires de la garde-robe d'Élisabeth 1ère indiquent que ses premiers vertugadins étaient faits de cette manière. J'ai choisi ce type de renfort car je pense qu'il est plus apte à donner la silhouette souple des robes allemandes de cette période.

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Les vertugadins pouvaient être confectionnés de plusieurs manières. Les cerceaux pouvaient être placés à l'intérieur ou à l'extérieur du jupon. Soit les cerceaux étaient maintenus en place grâce à des coulisses, soit par des plis faits directement dans le jupon.

A ces débuts, ce jupon pouvait être porté de manière apparente, non encore consigné à être uniquement un sous-vêtement. Très souvent, lorsque le vertugadin était apparent, les coulisses étaient de velours noir. La teinte était certainement décorative, mais je crois que le choix de velours était également pragmatique, car cette étoffe, moelleuse, devait adoucir les éventuelles cassures dues aux baleines.

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J'ai choisi de maintenir les cordes en place grâce à un système de coulisses en biais que j'ai appliqué à la main sur l'extérieur de la jupe.

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La coupe que j'ai faite projette légèrement le vertugadin vers l'arrière afin d'éviter l'effet crinoline (volume qui se portait sous les jupes second Empire).

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Dans les photos ci-dessus le vertugadin est présenté sans baleines.

Juste pour vous donner une idée des différents types de rendus, j'ai introduit trois type de baleinage dans les coulisses. Baleine métallique moderne, cordage, une coulisse vide et une lamelle de bois mise en forme.

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Remarquez comme la baleine métallique et la lamelle de bois déforment la ligne de du jupon alors que la corde ne fait que le soutenir.

L'expérience terminée, j'ai commencé à introduire les cordes. Le résultat est concluant sauf que des "fesses" se sont formées sur l'arrière du jupon. Aïe! Le pli creux que j'avais fait au milieu du dos semble avoir été mal avisé pour un vertugadin en baleinage souple.

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Le pli creux devient des fronces, ainsi le volume n'est pas orienté vers l'intérieur.

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Une petite retouche et le tour est joué!

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