01 octobre 2008
Les appliques torsadées: Quelle interpretation du volume?
Ces motifs qui alternent entre les médaillons posent plusieurs problèmes d'interprétation: tout d'abord, celui du matériau: est-ce du cuir gravé, comme peuvent le suggérer tous les espaces entre les médaillons sauf celui au centre à droite, ou du métal?
Je vous soumets aussi les autres tableaux qui donnent une autre idée.
Ici, le volume des motifs a l'air important.
Ici, les motifs sont très peu en relief.
Nous avons choisi le métal, puisque sur la coiffe, les motifs alternés au médaillons sont de toute évidence des pièces en or.
Mais reste le problème de la hauteur de l'applique: très plate ou bien en volume? Pourquoi Holbein a t-il fait une si grande différence de hauteur? est ce de l'évocation? Peint-il une seule applique précisément, et évoque simplement les autres?
J'ai finalement décidé de travailler en accord avec l'esprit du motif central droit, bien en volume, et des appliques de la coiffe, dont le volume est superbe. Il est important de savoir aussi que Hans Holbein n'était pas que portraitiste, il a aussi dessiné des bijoux, dont le style est marqué par des motifs végétaux et volutes. Il connait donc probablement parfaitement les bijoux qu'il peint sur ce tableau.
D'autre part, se pose le problème de la taille de cette applique. Là encore, la proportion des pièces varie: elles s'inscrivent tantôt dans un rectangle, tantôt dans un carré. je pense pourtant que ces pièces étaient identhiques et que l'espacement aléatoire est un peu du fait du peintre qui a "comblé les trous."
Pourtant, je ne peux pas travailler avec approximation:
_il faut que tous les médaillons et appliques rentrent parfaitement dans la mesure donnée par Sarah du tour du corsage. Il faut aussi que les médaillons fleurs et feuilles alternent sans se retrouver avec deux médaillons identhiques côte à côte.
_Il faut aussi que les proportions des pièces entre elles et dans l'ensemble soit fidèle au costume.
J'ai donc dessiné la pièce, et trouvé une proportion qui fonctionne. Par chance, notre évaluation faite il y a plusieurs mois sur la taille possible des pièces et leur espacement s'est révélée juste, et placées sur le volume du corsage, ça rentre impeccable.
Voila un dessin de la pièce, et une simulation des pièces entre elles.
02 octobre 2008
Réalisation de l'applique
J'ai finalement commencé la cire de l'applique. Les volumes sont de loin les plus intéressants que j'ai eu à faire depuis le début de ce projet. Il y a une certaine part laissée à l'interprétation et à la sensibilité personnelle du volume.
Je peux travailler dans un esprit et une démarche sculpturale, ce que j'apprécie particulièrement, et qui touche à ma formation de graveur en modelé plus que celle de bijouterie propre.
Le travail est en cours, je dégage d'abord les volumes essentiels d'un côté.
Les dessins de bijoux et d'orfevrerie de Hans Hobein
En septembre 2006, à la Tate gallery, a eu lieu une très
belle exposition consacrée à Hans Holbein, dont une
salle consécrée exclusivement à ses dessins de
Bijoux et d'orfèvrerie.
Malheureusement, aucun des bijoux
exécutés à partir des dessins du peintre ne nous
est parvenu, seuls les dessins subsistent, exceptionnellement précis,
et certains en couleur.
A la cour d'Angleterre, Henry VIII s'est
attaché les services d'artisans orfevres réputés
venant d'Allemagne et des Pays Bas. Hans Holbein travaillait
conjointement avec ses collaborateurs artisans Hans d'Anvers et
Cornelis Hayes.
La cour d'Angleterre rafollait de joaillerie,
d'épées ouvragées et ornées de joyaux, et
de pièces d'orfevrevie diverses, pourvues qu'elles soient
assez imposantes et élaborées pour être affichées
aux banquets.
Les formes les plus prisées reprenaient des
éléments de l'architecture, arabesques, feuilles
d'acanthe, guirlandes, et figures fantastiques.
Holbein créait
en puisant dans un répertoire décoratif très
riche, et possédait un sens du mouvement inné. Beaucoup
des pièces présentées auraient nécéssité
des artisans habiles et talentueux.
Comme vous pourrez le
voir, les dessins préparatoires des portraits contiennent des
indications précises sur les bijoux portés, d'autres
sont des études finales, très détaillées,
prêtes pour l'orfèvre.
Portraits de Lady Meutas (vers 1536) et de William Parr (1538-1540), coll privée de la Reine.
ces deux esquisses montrent le travail préparatoire avec étude des bijoux. Remarquez l'étude rapide des mains de Lady Meutas en haut à droite, et du détail du médaillon de William Parr,en haut à gauche, qui figure probablement Saint georges et le dragon, ainsi que les détails de la chaîne où figure l'inscription "Mors"(mort).
Dessins pour joaillerie, pendentifs, 1536-1538 . British museum. Henry VIII en porte des similaires sur ses portraits peints par Holbein. Ceux-ci ont donc pu être éxécutés d'après ce dessin.
Pendentif, 1540, british museum. Le jeu des lettres entrelacées portant un sens caché est une caractéristique des bijoux de la période Tudor. ils pouvaient apparaitre sur la correspondances, l'architecture ou la joaillerie. Holbein en a composé de nombreux associant Henry et Anne Boleyn, une de ses femmes.
Motifs de bracelets, pendentifs et broches.
Pendentif, 1533.
Pommeau de dague, 1536-1538, British Museum. Notez à nouveau les motifs végétaux, les figures issues de l'Antiquité, le bestiaire fantastique.
Couverture de livre ouvragée en métal, 1497, British Museum, pour être exécutée en or et émail noir.
09 octobre 2008
La construction des volumes
Un des principes de base en couture est de terminer complètement les sous-vêtements qui structurent une silhouette avant de passer à la confection du reste du costume. Donc par conséquent avant de jouir "de la débauche de soie et de velours" que Tamara vous a fait miroiter, vous allez voir du lin, du lin et encore du lin! Ceci dit commençons par le début.
Les sous-vêtements ont presque toujours été faits en lin, car cette matière est d'une grande facilité d'entretien. Historiquement, ces vêtements non-visibles étaient d'une grande importance, car il était très difficile de laver la plupart des costumes et leur renouvellement régulier assurait un minimum d'hygiène corporelle.
C'est donc sans hésiter que nous avons opté pour du lin pour le vertugadin même si le coton était déjà présent sur le marché européen.
L'histoire veut que ce soit une reine espagnole, Juana du Portugal qui ait inventé le vertugadin afin de cacher une grossesse gênante. La mode aurait été introduite en Angleterre grâce à la première épouse d'Henry VIII, Catherine d'Aragon.
Dans tous les cas, c'est la toute première pièce que j'ai réalisée, afin de créer le volume en cloche de la jupe. Le vertugadin est un jupon raidi par des cerceaux concentriques. Des sources écrites nous indiquent que ces cerceaux ont été fait de "vertugo", d'osier ou encore de fanons de baleine. Mais dès 1500, on trouve des sources picturales de ces jupons raidis avec simplement de la corde. De plus, les inventaires de la garde-robe d'Élisabeth 1ère indiquent que ses premiers vertugadins étaient faits de cette manière. J'ai choisi ce type de renfort car je pense qu'il est plus apte à donner la silhouette souple des robes allemandes de cette période.
Les vertugadins pouvaient être confectionnés de plusieurs manières. Les cerceaux pouvaient être placés à l'intérieur ou à l'extérieur du jupon. Soit les cerceaux étaient maintenus en place grâce à des coulisses, soit par des plis faits directement dans le jupon.
A ces débuts, ce jupon pouvait être porté de manière apparente, non encore consigné à être uniquement un sous-vêtement. Très souvent, lorsque le vertugadin était apparent, les coulisses étaient de velours noir. La teinte était certainement décorative, mais je crois que le choix de velours était également pragmatique, car cette étoffe, moelleuse, devait adoucir les éventuelles cassures dues aux baleines.
J'ai choisi de maintenir les cordes en place grâce à un système de coulisses en biais que j'ai appliqué à la main sur l'extérieur de la jupe.
La coupe que j'ai faite projette légèrement le vertugadin vers l'arrière afin d'éviter l'effet crinoline (volume qui se portait sous les jupes second Empire).
Dans les photos ci-dessus le vertugadin est présenté sans baleines.
Juste pour vous donner une idée des différents types de rendus, j'ai introduit trois type de baleinage dans les coulisses. Baleine métallique moderne, cordage, une coulisse vide et une lamelle de bois mise en forme.
Remarquez comme la baleine métallique et la lamelle de bois déforment la ligne de du jupon alors que la corde ne fait que le soutenir.
L'expérience terminée, j'ai commencé à introduire les cordes. Le résultat est concluant sauf que des "fesses" se sont formées sur l'arrière du jupon. Aïe! Le pli creux que j'avais fait au milieu du dos semble avoir été mal avisé pour un vertugadin en baleinage souple.
Le pli creux devient des fronces, ainsi le volume n'est pas orienté vers l'intérieur.
Une petite retouche et le tour est joué!
22 octobre 2008
Le parti-pris de la corde
En faisant des recherches sur les premiers systèmes de maintien de la poitrine j’ai pris connaissance d’une théorie qui pourrait vous surprendre : le corps cordé.
Cette technique a été une révélation pour moi, donc je vous en fais part.
Le plus ancien corps piqué retrouvé date de 1598. Ils étaient constitué de brins d’osier, de petites planchettes de bois et même de fanons de baleines qui, introduits dans des coulisses, rendaient ces corps rigides.
Le port de ce type de corps est facilement reconnaissable, même sous les vêtements, puisqu’il déformait notablement le buste. C’est ainsi que l’on peut dire, grâce à la peinture et au statuaire, que le corps piqué a dû faire son apparition vers le milieu du XVème siècle.
Cependant, parallèlement à cette méthode de structuration rigide, il y avait des robes dont la structure était plus difficile à comprendre. En effet, regardons de près la mode allemande et italienne de la Renaissance, la poitrine est bien maintenue, mais comment ?
Notez l’arrondi parfait des bustes.
Il est vrai que cette ligne peut être obtenue par la coupe, des exemples le montrent dés le milieu du 14ème siècle mais il n'y a pas dans ces cas là l'effet "mono-sein".
Regarder ci-dessous, les trois formes se côtoyaient pendant la deuxième moitié du XVème : La dame en orange a une silhouette similaire à celles présentés ci-dessus, la dame en bleu semble porter un corps piqué baleiné sous sa cotte et on a l'impression que la dame en rouge assise parterre ne porte rien sous sa robe.
Mais là où cela devient particulièrement intéressant, c’est que cette belle courbe est maintenue, même quand la personne est avachie ! Comment est-ce possible ?!
Pour trouver la solution, du moins une solution plausible dans un contexte historique donné, il faut être bien conscient des techniques connues et utilisées à l’époque, et de leur manière de réfléchir la coupe.
La costumière moderne pense tout de suite aux goussets dans la corseterie 19ème ou même à des empiècements asymétriques, mais il est important de rester cantonné à des formes simples. Il ne faut pas oublier que La Coupe n’est qu’à ses débuts et le tailleur de la renaissance émerge d’un long passé de coupes géométriques.
C’est pourquoi quand j’ai vu l’étude comparative de Jen Thompson je l’ai trouvé particulièrement pertinente. Elle a simplement appliqué 4 méthodes de rigidification (plausibles pour l’époque) à une base coupée tel un bustier classique de cette période :
-un corps cordé
-un corps en tissu fin
-un corps surpiqué
-un corps en tissu rigide
Le résultat est assez incroyable. Voyez-vous même.
http://www.festiveattyre.com/research/diary/stiffeners.html
En tant qu’artisane, et d’un point de vue empirique, je suis totalement convaincue. Il reste maintenant à vérifier si cette méthode est vraisemblable, historiquement parlant.
- La matière première existait et était facile d’accès.
- La corde était utilisée sur les bustiers de manière décorative (trapunto).
- Le principe d’introduire un élément rigidifiant dans une coulisse était courant.
- La corde était utilisée pour rigidifier d’autres éléments du costume (voir message sur les vertugadins).
Malheureusement, à ce jour, nous n’avons aucune source primaire indiquant l’existence de ce type de corps mais il y avait quelque chose. Parfois, dans la reconstitution, la part expérimentale doit prendre le dessus afin de pouvoir poursuivre les recherches mais il faut demeurer vigilant et toujours ouvert à de nouvelles et plus pertinentes explications.
Je suis en tout cas prête à prendre le parti-pris de la corde.
Il y a des fabuleux sites de costumières qui expliquent cette méthode/théorie mais j’ai repris les bases ici pour nos lecteurs francophones, car hélas ces informations sont en anglais. Je vous conseille tout de même le site d’une costumière qui a été d’une grande inspiration pour moi et sa page sur le corps cordé.
http://www.festiveattyre.com/gallery/index.html
http://www.festiveattyre.com/research/diary/diary2.html
Juste pour les curieux, voici deux exemples de corsets cordés portés durant le 1er Empire sous Napoléon 1 au début du XIX ème siècle:
25 octobre 2008
Du travail en perspective......
Voilà l'ensemble des pièces qui constituent le corsage, mélange laiton et argent. les pièces aux reflets cuivrées sont aussi en laiton mais peuvent "sortir" un peu rouges après la fonte.
Les chatons carrés et ronds sont vraiment bien à la taille des pierres, pari réussi!
Et maintenant, il faut couper les jets de fonte et polir (avec ma nouvelle machine à polir, investissement qui s'est révélé nécessaire...!). Donc, pour ma part, plus de messages avant que les médaillons soient prêts pour la dorure!
27 octobre 2008
Broché ou Broderie?
De prime abord, j'ai cru que le tissu du bustier était du broché, ou un damas, mais en étudiant le tableau de près, j'ai revisité mon opinion, voilà pourquoi :
-Avant tout, j'ai remarqué que le motif n'était pas présent partout. En effet regardez au niveau de son épaule gauche, en haut à droite du tableau et vous constaterez que le satin est uni!
-Le deuxième indice a été pour moi la non-symétrie du motif, malgré une figure centrale à peu près symétrique, le dessin n'est clairement pas le même des deux côtés.
Évidement, on pourra toujours soumettre l'hypothèse de la liberté de l'artiste et d'un éventuel manque de précision. Comme sur beaucoup d'aspects de la reconstitution, il faut prendre parti ici. Etant convaincue par le grand réalisme et la minutie d'Holbein, je vais essayer de reproduire l'image et le motif qu'il nous a transmis et non pas ce que l'on pourrait supposer qu'il ait voulu représenter.
30 octobre 2008
La Camisa
La camisa est une chemise qui se portait sous le corps afin de rendre le port de ce dernier plus agréable et aussi comme mesure d'hygiène car elle est le premier vêtement en contact avec la peau. Sur le tableau nous voyons les amples manches de la camisa qui se déversent des manches en entonnoir du manteau.
L'histoire nous a laissé quelques exemples de camisas. Deux types majeurs de coupe de chemises féminines se juxtaposaient alors, l'un avec un col montant, l'autre avec une très large encolure mais celui-ci se portait généralement avec un gorgerin.
Remarquez-vous les broderies dorées?
Comme sur le bustier, je pense que ces décorations ne sont importantes aux yeux de l'époque que si elles sont vues donc je suis quasiment certaine qu'elles ne vont pas au delà des parties visibles. Vous pouvez voir ci-dessous qu'ils pouvaient arrêter nette une broderie à partir du moment qu'elle ne pouvait plus être vue.
Il y a eu une grande mode durant cette période de broderies au fil noir qui s'appelait Blackwork.
Parfois, mais rarement, ces broderies étaient faites en couleur comme sur la chemise d'Anne de Clèves.
Voici donc un schéma de ce que j'ai décidé de broder au fil d'or (enfin un substitut faute de moyens...). Il y a les lignes parallèles mais aussi la décoration sur le poignet.
Le motif originel de la broderie du poignet étant difficilement reconnaissable, je me suis permise de m'inspirer de deux ou trois sources pour élaborer cette proposition:
-Les lignes majeures de la broderie originelle:
-La broderie du bustier
-La technique du blackwork
La chemise en soi n'est pas une pièce très compliquée à réaliser, mais les finitions et les broderies prennent beaucoup de temps.



































































