29 février 2008
Le choix du costume
Effectuant un long travail de recherches iconographiques sur l’époque de la renaissance, nous avons en particulier réuni une documentation sur les peintres du nord. En effet, ces peintures, extrêmement réalistes et détaillées, offrent un support idéal de travail. Citons par exemple les portraits de Cranach, Dürer, Van der Weyden…
Images tirées du site Web Gallery of Art : http://www.wga.hu/index1.html
Nous avons étudié beaucoup de portraits mais le choix a été fait en fonction de la disponibilité des matériaux et des raisons techniques et financières.
Finalement, nous avons retenu le portrait d’Anne de Clèves, peint par Hans Holbein le jeune, en 1539.
Pour la petite histoire, ce tableau a été peint sur commande en vue d’un éventuel mariage avec Henri VIII et a eu la faveur royale. Le mariage célébré, la fiancée s’est avérée d’après les dires, beaucoup moins belle que le portrait flatteur qu’en avait fait le peintre. Huit mois plus tard, Henri VIII divorçait d’Anne de Clèves, qu’il avait surnommée « la jument Flamande ».
20 septembre 2008
Une Première Analyse de Cette Tenue
Cette tenue est composée de 5 pièces visibles et de 4 ou 5 pièces cachées.
Les pièces visibles sont : La coiffe, le manteau, le bustier, la chemise, le gorgerin.
Les pièces cachées sont évidement supposées et non certaines mais en voici une liste hypothétique :
-un corps piqué : ancêtre du corset, vêtement extrêmement ajusté contrainant le buste à prendre une forme conique.
-une culotte
-un vertugadin : Jupon raidi par des cerceaux concentriques fait d'osier
-une jupette matelassée
-un jupon
Cette robe est un assemblage atypique d’éléments classiques d’une mode en phase transitoire.
Etudions rapidement les éléments distinctifs de cette silhouette:
a) Une taille haute: Cette taille élevée fait vraiment penser à la ligne typique du XVème notamment la robe à tassel ou même encore les houppelandes féminines de la fin du XIVème. C'est d'autant plus curieux que le corps piqué, qui allonge la taille, commence vraiment à être une pièce incontournable du vestimentaire féminin.
b) Une jupe en cloche: Cette forme est certainement le résultat du port du vertugadin, un jupon raide sur lequel sont cousu des cerceaux faites de branches de vertugo.
c) De larges manches en entonnoir: Cette coupe de manches est typique de la période, mais c'est le seul exemple que je connaisse porté de cette façon, soutenu ainsi au biceps. On trouve régulièrement par contre ce type de renflement sur des manches plus étroites.
d) Une encolure carrée : L'encolure carrée est également une ligne commune de cette époque, mais notons le coté trapézoïdal de celui-ci qui ne découvre pas les épaules. J'ai été particulièrement intriguée par le côté cubique de sa poitrine. Il faudra soumettre plusieurs hypothèses pour résoudre cet énigme de coupe.
e) Une poitrine maintenue mais pas aplatie : Il est indéniable ici que sa poitrine est maintenue mais elle ne semble ni aplatie ni soulevée comme le ferait le port d'un corps piqué classique. Voir également les images ci-dessus. Ceci sera étudié plus spécifiquement dans un message ultérieur.
09 octobre 2008
La construction des volumes
Un des principes de base en couture est de terminer complètement les sous-vêtements qui structurent une silhouette avant de passer à la confection du reste du costume. Donc par conséquent avant de jouir "de la débauche de soie et de velours" que Tamara vous a fait miroiter, vous allez voir du lin, du lin et encore du lin! Ceci dit commençons par le début.
Les sous-vêtements ont presque toujours été faits en lin, car cette matière est d'une grande facilité d'entretien. Historiquement, ces vêtements non-visibles étaient d'une grande importance, car il était très difficile de laver la plupart des costumes et leur renouvellement régulier assurait un minimum d'hygiène corporelle.
C'est donc sans hésiter que nous avons opté pour du lin pour le vertugadin même si le coton était déjà présent sur le marché européen.
L'histoire veut que ce soit une reine espagnole, Juana du Portugal qui ait inventé le vertugadin afin de cacher une grossesse gênante. La mode aurait été introduite en Angleterre grâce à la première épouse d'Henry VIII, Catherine d'Aragon.
Dans tous les cas, c'est la toute première pièce que j'ai réalisée, afin de créer le volume en cloche de la jupe. Le vertugadin est un jupon raidi par des cerceaux concentriques. Des sources écrites nous indiquent que ces cerceaux ont été fait de "vertugo", d'osier ou encore de fanons de baleine. Mais dès 1500, on trouve des sources picturales de ces jupons raidis avec simplement de la corde. De plus, les inventaires de la garde-robe d'Élisabeth 1ère indiquent que ses premiers vertugadins étaient faits de cette manière. J'ai choisi ce type de renfort car je pense qu'il est plus apte à donner la silhouette souple des robes allemandes de cette période.
Les vertugadins pouvaient être confectionnés de plusieurs manières. Les cerceaux pouvaient être placés à l'intérieur ou à l'extérieur du jupon. Soit les cerceaux étaient maintenus en place grâce à des coulisses, soit par des plis faits directement dans le jupon.
A ces débuts, ce jupon pouvait être porté de manière apparente, non encore consigné à être uniquement un sous-vêtement. Très souvent, lorsque le vertugadin était apparent, les coulisses étaient de velours noir. La teinte était certainement décorative, mais je crois que le choix de velours était également pragmatique, car cette étoffe, moelleuse, devait adoucir les éventuelles cassures dues aux baleines.
J'ai choisi de maintenir les cordes en place grâce à un système de coulisses en biais que j'ai appliqué à la main sur l'extérieur de la jupe.
La coupe que j'ai faite projette légèrement le vertugadin vers l'arrière afin d'éviter l'effet crinoline (volume qui se portait sous les jupes second Empire).
Dans les photos ci-dessus le vertugadin est présenté sans baleines.
Juste pour vous donner une idée des différents types de rendus, j'ai introduit trois type de baleinage dans les coulisses. Baleine métallique moderne, cordage, une coulisse vide et une lamelle de bois mise en forme.
Remarquez comme la baleine métallique et la lamelle de bois déforment la ligne de du jupon alors que la corde ne fait que le soutenir.
L'expérience terminée, j'ai commencé à introduire les cordes. Le résultat est concluant sauf que des "fesses" se sont formées sur l'arrière du jupon. Aïe! Le pli creux que j'avais fait au milieu du dos semble avoir été mal avisé pour un vertugadin en baleinage souple.
Le pli creux devient des fronces, ainsi le volume n'est pas orienté vers l'intérieur.
Une petite retouche et le tour est joué!
22 octobre 2008
Le parti-pris de la corde
En faisant des recherches sur les premiers systèmes de maintien de la poitrine j’ai pris connaissance d’une théorie qui pourrait vous surprendre : le corps cordé.
Cette technique a été une révélation pour moi, donc je vous en fais part.
Le plus ancien corps piqué retrouvé date de 1598. Ils étaient constitué de brins d’osier, de petites planchettes de bois et même de fanons de baleines qui, introduits dans des coulisses, rendaient ces corps rigides.
Le port de ce type de corps est facilement reconnaissable, même sous les vêtements, puisqu’il déformait notablement le buste. C’est ainsi que l’on peut dire, grâce à la peinture et au statuaire, que le corps piqué a dû faire son apparition vers le milieu du XVème siècle.
Cependant, parallèlement à cette méthode de structuration rigide, il y avait des robes dont la structure était plus difficile à comprendre. En effet, regardons de près la mode allemande et italienne de la Renaissance, la poitrine est bien maintenue, mais comment ?
Notez l’arrondi parfait des bustes.
Il est vrai que cette ligne peut être obtenue par la coupe, des exemples le montrent dés le milieu du 14ème siècle mais il n'y a pas dans ces cas là l'effet "mono-sein".
Regarder ci-dessous, les trois formes se côtoyaient pendant la deuxième moitié du XVème : La dame en orange a une silhouette similaire à celles présentés ci-dessus, la dame en bleu semble porter un corps piqué baleiné sous sa cotte et on a l'impression que la dame en rouge assise parterre ne porte rien sous sa robe.
Mais là où cela devient particulièrement intéressant, c’est que cette belle courbe est maintenue, même quand la personne est avachie ! Comment est-ce possible ?!
Pour trouver la solution, du moins une solution plausible dans un contexte historique donné, il faut être bien conscient des techniques connues et utilisées à l’époque, et de leur manière de réfléchir la coupe.
La costumière moderne pense tout de suite aux goussets dans la corseterie 19ème ou même à des empiècements asymétriques, mais il est important de rester cantonné à des formes simples. Il ne faut pas oublier que La Coupe n’est qu’à ses débuts et le tailleur de la renaissance émerge d’un long passé de coupes géométriques.
C’est pourquoi quand j’ai vu l’étude comparative de Jen Thompson je l’ai trouvé particulièrement pertinente. Elle a simplement appliqué 4 méthodes de rigidification (plausibles pour l’époque) à une base coupée tel un bustier classique de cette période :
-un corps cordé
-un corps en tissu fin
-un corps surpiqué
-un corps en tissu rigide
Le résultat est assez incroyable. Voyez-vous même.
http://www.festiveattyre.com/research/diary/stiffeners.html
En tant qu’artisane, et d’un point de vue empirique, je suis totalement convaincue. Il reste maintenant à vérifier si cette méthode est vraisemblable, historiquement parlant.
- La matière première existait et était facile d’accès.
- La corde était utilisée sur les bustiers de manière décorative (trapunto).
- Le principe d’introduire un élément rigidifiant dans une coulisse était courant.
- La corde était utilisée pour rigidifier d’autres éléments du costume (voir message sur les vertugadins).
Malheureusement, à ce jour, nous n’avons aucune source primaire indiquant l’existence de ce type de corps mais il y avait quelque chose. Parfois, dans la reconstitution, la part expérimentale doit prendre le dessus afin de pouvoir poursuivre les recherches mais il faut demeurer vigilant et toujours ouvert à de nouvelles et plus pertinentes explications.
Je suis en tout cas prête à prendre le parti-pris de la corde.
Il y a des fabuleux sites de costumières qui expliquent cette méthode/théorie mais j’ai repris les bases ici pour nos lecteurs francophones, car hélas ces informations sont en anglais. Je vous conseille tout de même le site d’une costumière qui a été d’une grande inspiration pour moi et sa page sur le corps cordé.
http://www.festiveattyre.com/gallery/index.html
http://www.festiveattyre.com/research/diary/diary2.html
Juste pour les curieux, voici deux exemples de corsets cordés portés durant le 1er Empire sous Napoléon 1 au début du XIX ème siècle:
27 octobre 2008
Broché ou Broderie?
De prime abord, j'ai cru que le tissu du bustier était du broché, ou un damas, mais en étudiant le tableau de près, j'ai revisité mon opinion, voilà pourquoi :
-Avant tout, j'ai remarqué que le motif n'était pas présent partout. En effet regardez au niveau de son épaule gauche, en haut à droite du tableau et vous constaterez que le satin est uni!
-Le deuxième indice a été pour moi la non-symétrie du motif, malgré une figure centrale à peu près symétrique, le dessin n'est clairement pas le même des deux côtés.
Évidement, on pourra toujours soumettre l'hypothèse de la liberté de l'artiste et d'un éventuel manque de précision. Comme sur beaucoup d'aspects de la reconstitution, il faut prendre parti ici. Etant convaincue par le grand réalisme et la minutie d'Holbein, je vais essayer de reproduire l'image et le motif qu'il nous a transmis et non pas ce que l'on pourrait supposer qu'il ait voulu représenter.
30 octobre 2008
La Camisa
La camisa est une chemise qui se portait sous le corps afin de rendre le port de ce dernier plus agréable et aussi comme mesure d'hygiène car elle est le premier vêtement en contact avec la peau. Sur le tableau nous voyons les amples manches de la camisa qui se déversent des manches en entonnoir du manteau.
L'histoire nous a laissé quelques exemples de camisas. Deux types majeurs de coupe de chemises féminines se juxtaposaient alors, l'un avec un col montant, l'autre avec une très large encolure mais celui-ci se portait généralement avec un gorgerin.
Remarquez-vous les broderies dorées?
Comme sur le bustier, je pense que ces décorations ne sont importantes aux yeux de l'époque que si elles sont vues donc je suis quasiment certaine qu'elles ne vont pas au delà des parties visibles. Vous pouvez voir ci-dessous qu'ils pouvaient arrêter nette une broderie à partir du moment qu'elle ne pouvait plus être vue.
Il y a eu une grande mode durant cette période de broderies au fil noir qui s'appelait Blackwork.
Parfois, mais rarement, ces broderies étaient faites en couleur comme sur la chemise d'Anne de Clèves.
Voici donc un schéma de ce que j'ai décidé de broder au fil d'or (enfin un substitut faute de moyens...). Il y a les lignes parallèles mais aussi la décoration sur le poignet.
Le motif originel de la broderie du poignet étant difficilement reconnaissable, je me suis permise de m'inspirer de deux ou trois sources pour élaborer cette proposition:
-Les lignes majeures de la broderie originelle:
-La broderie du bustier
-La technique du blackwork
La chemise en soi n'est pas une pièce très compliquée à réaliser, mais les finitions et les broderies prennent beaucoup de temps.

























































